mercredi, mars 29, 2006

Monogamy is bad for the soul

La scène se passe à Londres, au grand amphithéâtre de la "Royal Geographical Society" où 770 personnes sont venues écouter se débattre la "motion" du mois. Six invités prendront la parole ce soir, et ils sont divisés en deux équipes, l'une qui est pour, et l'autre contre, la motion. Chaque "débatteur" parlera une dizaine de minutes, en déployant tous ses talents d'orateur, pour essayer de convaincre le public de voter dans le sens préconisé par son équipe. Le vote aura lieu en fin de soirée, après que des membres du public auront eu eux-mêmes la possibilité de s'exprimer brièvement sur le sujet et d'interroger les débatteurs sur ce qu'ils ont dit. Les débatteurs jouissent tous d'une certaine notoriété -ce sont des journalistes, des écrivains, un philosophe- mais au-delà de cela, chacun a été choisi pour le rapport privilégié qu'il entretient avec le sujet, soit qu'il ait déjà eu l'occasion de s'exprimer là-dessus, soit que son implication prenne une forme plus "intime".

La tradition du débat "récréatif" est ancienne dans les pays anglo-saxons, et des concours ont régulièrement lieu, notamment au niveau universitaire. Mais depuis quelques années, ces débats organisés mensuellement dans la capitale remportent un succès surprenant. Les motions retenues sont souvent d'une forte actualité, les intervenants des spécialistes de la question. Mais l'essentiel, c'est que l'on s'amuse. On prend plaisir à écouter des arguments parfois inattendus, exprimés avec panache et passion, dans un contexte de concurrence oratoire. Il y a un côté théâtral à tout ça, les débatteurs se mettent en danger par leur performance, et on leur accorde une qualité d'écoute qui est rare par ailleurs. Et vu que nous sommes à Londres, la discussion se prolonge longtemps après la fin officielle du débat, dans les divers bars où tout le monde se précipite...

Le débat de ce soir-là portait sur une motion singulière, et la discussion fut particulièrement divertissante:

"La monogamie nuit à l'âme"

Mais pourquoi est-ce que je pense à tout ça aujourd'hui, et qu'en plus je vous en entretiens, vous qui passez ici? La raison circonstancielle, je la tairai, car elle n'a aucun intérêt. Mais ce qui en aurait bien plus, c'est que vous vous manifestiez, ô mes milliers de fidèles mais surtout très discrets lectrices et lecteurs, pour donner vos propres idées et avis sur cette question délicate de la monogamie et l'âme. Mais avant de le faire, veuillez noter bien que ce dernier mot s'écrit avec un "m", pas un "n": le contraire serait un tout autre débat ...

Je vous attends nombreux et brillants!


[Le 2 mars, c'était le texte ci-dessus. Quelques jours plus tard, des précisions lui furent apportées, et c'était le texte ci-dessous.]


False friend

En guise de correctif à apporter au dernier billet, il conviendrait de préciser que le mot anglais "monogamy" s'emploie couramment d'une manière bien moins restreinte que son homologue français. En effet, il dénote "la pratique d'être marié à, ou d'avoir une relation sexuelle avec, une seule autre personne (à un moment donné)". Cette acception est certes critiquable du point de vue étymologique, mais elle est devenue celle qu'entendent la plupart des gens quand ils utilisent ce mot.

D'où l'ambiguïté fatale de l'énoncé de la motion, "Monogamy is bad for the soul", et la très évidente confusion quant aux vrais enjeux qui régnait lors du débat. S'agissait-il d'une pratique qui s'oppose à celle de la polygamie? ou à celle de l'adultère? ou à celle de l'"amour libre" et des relations "ouvertes"? ou à celle de l'infidélité à son partenaire (à qui on n'est pas forcément marié)? ou à celle du divorce (un des intervenants soutenant que le sens exact du mot est "l'institution d'être marié à une seule autre personne pour toute sa vie")? ou à autre chose encore ...? Une confusion qui n'a pas empêché que soient prononcés des discours divertissants, mais que le sujet soit réellement éclairci, peut-être bien.

Et qu'il soit repris sur cet "espace" (qui n'en est pas un) comme je vous y avais pourtant invité? (Oui c'est à vous que je parle !, à vous tous, ô milliers d'utilisateurs francophones de cette ... chose.) Mais alors, quelle autre explication trouver, que cette différence d'usage entre mots français et anglais, à ce que du nombre considérable de lecteurs qui ont pu lire cette note, aucun n'ait été suffisamment motivé pour y apporter son moindre grain de sel ?! Pour clamer, par exemple, haut et fort, l'impossibilité qu'il ressent à l'idée de tromper son partenaire (que celui-ci existe réellement ou demeure pour l'instant l'objet imaginaire de voeux), ou bien le plaisir qu'il éprouve à le faire à chaque nouvelle occasion qui se présente ... ?

Que je me sois mal exprimé, soit; que j'aie été lexiquement fautif, je l'accorde. Il n'empêche que votre silence me déçoit. Et je me trouve peu enclin à vous accorder une deuxième chance. L'affaire est classée, le moment du dialogue révolu. Comme tout ce qui est trop beau, la démocratie vit la petite heure de son petit rayonnement, puis s'éteint, et passe des consciences et des pratiques, presque des mémoires. Le nouvel ordre chinois approche, il assombrit déjà l'horizon. Un jour vous vous repentirez de vos silences coupables, mais il y aura déjà longtemps que je ne serai plus parmi vous ...

2 Comments:

Anonymous liaM said...

pourquoi nous reprocher notre silence sur une question d'opinion ?

on peut aimer ne pas prendre position.. ou simplement, aimer
dormir..

aimer dormir ... aimer trouver ce
que l'on trouve on sommeille.. ne pas vouloir..
ne pas vouloir gâcher l'inattendu..

et que trouves-t-on pendant que
l'on dort ?

nos rêves.. pas vrai ?

02 décembre, 2006 03:33  
Anonymous liaM said...

liaM said...

pourquoi nous reprocher notre silence sur une question d'opinion ?

on peut aimer ne pas prendre position.. ou simplement, aimer
dormir..

aimer dormir ... aimer trouver ce
que l'on trouve quand nous sommeillons...
ne pas vouloir gâcher l'inattendu..

et que trouve-t-on pendant que
l'on dort ?

nos rêves.. pas vrai ?

02 décembre, 2006 03:33

02 décembre, 2006 03:37  

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