mercredi, mars 29, 2006

ÉÔS

A la fin de chaque nuit, Éôs aux doigts couleur de rose, Éôs en robe de safran, Éôs titanide, se lève de son lit brumeux, monte sur son char tiré par ses deux chevaux ailés, et s'en va apporter la lumière aux dieux et aux mortels ...
Un jour Aphrodite, furieuse de trouver Arès dans le lit d'Éôs, la condamna à de continuelles amours avec de jeunes mortels. D'abord ce fut Orion, le chasseur géant, qu'elle séduit, ensuite Céphale fut par elle ravi, puis venait Clitos ...
Enfin Éôs fit la conquête de Ganymède et Tithonos, princes troyens. Lorsque Zeus lui enleva Ganymède, qui pour sa beauté il voulait comme échanson, elle lui demanda de conférer l'immortalité à Tithonos, ce à quoi il consentit. Mais elle oublia de demander pour lui la jeunesse éternelle, et il devint de jour en jour plus vieux. Sa voix se fit chevrotante et Éôs, fatiguée de s'occuper de lui comme d'un enfant, l'enferma dans sa chambre à coucher, où il devint cigale. (source: Robert Bridges, Les Mythes grecs)

Or, cette Éôs des Grecs, chez les Romains on l'appella "Aurora", ce qui est devenu chez nous "Zazou" (eh oui, les mythes sont parfois difficiles à suivre!) Ses doigts sont assurément toujours couleur de rose, ses robes de safran (cela se peut), mais on y trouve désormais (sans doute) des bijoux de sa propre création. Son char à deux chevaux a fait place à une Clio (pour rester bien dans les mythes grecs), et les reflets qui brillent dans ses cheveux (récemment coupés) apportent toujours la lumière aux dieux et aux mortels. Elle se fatigue encore, hélas! à s'occuper d'enfants, mais c'est désormais des mômes authentiques, et qui ne risquent guère de se transformer en cigales. Quant à "ses continuelles amours avec de jeunes mortels" ... Eh ben, là je ne saurais vous dire, et de toute façon, ça ne nous concerne pas: nous vivons en république, où mêmes les immortels ont droit à une vie privée.

De quel mythographe tiendrais-je tout ceci, je vous entends demander. Simple, c'est elle-même qui l'écrit, au jour le jour, de ce jour dont elle constitue la prémice quotidienne (même si elle semble avoir parfois du mal à se lever avant que revienne la nuit ...)


[Ce fut un vingt-quatre février.]

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